Les Cheveux blanc...
M’a ce matin brusquement averti,
Et mon miroir, meuble désagréable,
M’a présenté déjà mon front blanchi:
Oui, c’en est fait hélas! De ma jeunesse,
Ils sont finis ces beaux jours de printemps,
Voici l’hiver, avec lui la sagesse,
Et je suis vieille, car j’ai des cheveux blancs.
Vos traits seront par les ans altérés,
Alors parfois dans des jours de tristesse,
Vous songerez aux moments envolés;
Ainsi mon nom reviendra vous distraire.
Au souvenir de quelques doux instants,
Oui, direz-vous: jeune, je sus vous plaire,
Et je suis vieille, car j’ai des cheveux blancs.
De ce beau temps où naissent les amours,
Quand le zéphyr doucement nous caresse,
Son souvenir nous rajeunit toujours;
Mais pour s’aimer, il n’est qu’une jeunesse,
Il faut surtout que le cœur ait vingt ans,
L’amour s’enfuit en voyant la vieillesse,
Et je suis vieille, car j’ai des cheveux blancs.
Mais aujourd’hui, je le crains bien hélas!
Plus que jamais, lorsque je vous adore,
Vous me direz que vous ne n’aimez pas.
Vous me fuyez, ô méchante coquette!
En vain mon cœur s’exhale en doux accents,
Je ne puis plus être amant ni poète,
Car je suis vieille si j’ai des cheveux blancs.